La mer et la santé - Deuxième partie





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EN BORD DE MER

1864

LA MER ET LA SANTE

DEUXIEME PARTIE

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L'eau, ce grand dissolvant de la nature

Ce n’est pas sans raison que les premiers bains de mer durent pris dans un but thérapeutique. L’état de santé déplorable des Français au XIXe siècle est vraiment une préoccupation nationale malgré les progrès d’assainissement des villes. D’à peine trente ans au début du siècle, la durée moyenne de vie ne sera, en 1864, que de trente-six ans et demi. Les épidémies de choléra et de grippe ne cessent de sévir et l’industrialisation, en faisant travailler enfants et adultes (le plus souvent dans des conditions enfants et adultes (le plus souvent dans des conditions inhumaines) avec pour seule journée chômée le dimanche, ajoutent au délabrement de la santé de la population. La médecine ne disposant pas encore de moyens techniques modernes lui permettant d’ausculter l’intérieur du corps ne peut qu’avouer son incapacité à vraiment soigner. Peut-on s’étonner que pour tous ces malades, tous ces lymphatiques et ces phtisiques ainsi que pour tous les pulmonaires et les nerveux, les médecins, impuissants à proposer de vrais remèdes, les poussent vers les bains de mer ? Parmi tant d’autres, le docteur Bergeret, dans Du choix d’une station d’hiver, en particulier d’Antibes, publié en 1864, donne un constat sans appel de l’état de la situation médicale : « En France, malgré la vie humaine actuelle de 36 ans et demi, in cinquième de la population meurt de phtisie pulmonaire. Ajoutez à la tuberculose, la scrofule, si fréquente aujourd’hui, qu’on ne prend plus assez de morues pour faire de l’huile pour les scrofuleux, aussi l’Etat, tous les ans, a-t-il beaucoup de peine à trouver son contingent en sujets sains. Ce prélèvement de l’Etat, en privant la France de ses sujets valides, ne fait qu’augmenter cet état de consomption générale. » Malheureusement, il ajoute : « Monsieur Jules Simon, dans son admirable discours sur la liberté du travail, au corps législatif, dit : « Que les enfants soumis à huit heures de travail restent malingres, étiolés, et que si, au contraire, ils n’étaient soumis qu’à six heures de travail au lieu de huit, ces enfants se développeraient, deviendraient forts, intelligent, dons pour le service de l’industrie et, j’ajoute, de la patrie. » Bref, ce n’est pas tant l’enfant qu’on plaint ici, mais on recherche la rentabilité ! Tel est le XIXe, siècle de castes et d’injustice, qui oubliera d’envoyer les gens du peuple aux bains de mer hormis quelques rares exceptions telles que sur les plages des Catalans à Marseille (mais où ils ne peuvent pas profiter des installations à caractère médical). Comment, d’ailleurs, auraient-ils pu payer un tel voyage et séjour ? L’hydrothérapie marine, soyons clairs, est uniquement une médecine de riches, mise en œuvre uniquement par des médecins pour leur clientèle aisée, et soutenue par des municipalités n’ayant aucune préoccupation sociale mais bien au contraire avide de la pluie d’or d’apporte cette nouvelle médicalisation, vite transformée en mode.


Sur le littoral, on ne soigne pas les grandes misères humaines, mais les petits maux d’une société de nantis grâce aux effets émollients du climat et de la mer. Il faudra attendre 1880 et le courant hygiéniste, puis l’Entre-deux-guerres, enfin le Front populaire et les grandes avancées sociales pour voir enfin les gamins du peuple envoyées en colonie, et profiter des bienfaits de la mer. En attendant, n’y viennent que les gosses de l’aristocratie de l’instar de l’archiduchesse d’Autriche Marie-Valérie, âgée de sept ans, à la santé fragile dont le médecin conseillera un séjour au bord de la mer sur une plage des plus iodée et qui vaudra à Sossetot-le-Mauconduit, petit village normand voisin des Petites Dalles, l’immense honneur de voir, l’été 1875, Sissi, impératrice d’Autriche, séjourner dans son château accompagnée d’une suite grandiose de soixante-dix personnes.


Les innombrables traités d’hydrothérapie que publièrent dans un but commercial tous les médecins attachés aux plages de l’hexagone tenteraient à faire croire la fausse idée que l’intervention des bienfaits de l’eau froide sur la santé serait une invention du XIXe siècle. En réalité, ceux*ci ne firent que relancer un savoir connu depuis l’Antiquité. Ces médecins ne cherchèrent individuellement qu’à prouver, dans leur propre intérêt, les avantages particuliers du territoire auquel ils étaient attachés, faisant rarement œuvre scientifique, se copiant et répétant à l’envie les mêmes constats de lutter contre le rachitisme ou l’anémie, et participant de la sorte à la guerre des plages à laquelle se livrèrent les stations émergentes afin d’attirer à elles la clientèle fortunée. Ainsi du Docteur Gaudet à Dieppe, du Docteur Brochard à la Tremblade, du Docteur Auber à Trouville, du Docteur de Miramont à Etretat, du Docteur Duteurtre à Boulogne-sur-Mer ou du Docteur Moulinié à Bordeaux qui, en 1826, s’empresse d’éditer un traité sur les bienfaits de l’eau chaude car va être inauguré incessamment un établissement de bains chauds. Lister tous ces traités représenterait à lui seul un ouvrage qui serait de peu d’intérêt.


Ce livre s’attachant à l’histoire des bains de mer effectués depuis la grève, on ne fera que signaler cet autre bienfait de l’océan sur les corps malades que constitue le voyage en mer. Le Docteur Adrien Loir, neveu de Pasteur, publiera en 1924, Thérapeutique et voyage au long cours, ouvrage dans lequel il vante si bien l’air du large que la Compagnie des Chargeurs Réunis lui demandera de réaliser une brochure sur le sujet qu’elle distribuera à vingt mille exemplaires afin de vanter les croisières médicales, ainsi dénommées du seul fait que les voyageurs profiteraient d’un air purifié puisque dépourvu de pollens, de poussières et de germes bactériologiques. Dans le même esprit, le Docteur Lalesque d’Arcachon prescrivait à ses malades des promenades en barque, allongés sur une chaise longue et abrités d’un parasol. (Les énervés de Jumièges guérirent-ils de leurs tendons coupés suite à leur promenade sur la Seine ?)


De même, nous ne ferons que signaler la croyance ancestrale du pouvoir magique de l’eau des fontaines dites sacrées qui se retrouvent en tous les points du territoire, et pas uniquement dans les grandes régions de cures thermales. Claude Bouhier ne répertorie une trentaine pour le seul département de la Seine-Inférieur.


Fermons cette parenthèse avec le Traité théorique et pratique d’hydrographie médicale fort bien documenté, publié en 1895 par le Docteur F. Bottey qui rappelle combien l’eau a depuis toujours servi à la médication et qui rend l’exemple du bain chez les Romains, décrivant son strict contrôle en un parcours du baigneur parmi des salles aux fonctions précises. Après s’être déshabillé dans l’apodytérium, celui-ci passe dans le tépidarium, étuve sèche maintenue à température constante, avant de rejoindre le calidarium et le laconicum pour profiter d’une température plus élevée. Une fois massé dans l’alipétarium, il rejoignait le lavaporarium (étuve humide), un frigidarium (piscine d’eau froide) et un balneum où le client disposait de baignoires. 


Du temps Galien (vers l’an 170), il existait deux camps bien distincts : les hydrophiles et les hydrophobes. Et parmi les hydrophiles tout le monde ne défendait pas les mêmes préceptes. Ainsi, les thermophiles défendaient l’eau chaude, les psychrophiles l’eau froide, les psychrophiles l’eau froides, et les psychropantes à la fois les boissons froides et le bain froid. De quoi provoquer de belles bagarres dans les thermes romains !