Numero 01
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Un chantier suréaliste |

La tour Eiffel est une tour de fer puddlé de 324 mètres de hauteur (avec antennes) située à Paris, à l’extrémité nord-ouest du parc du Champ-de-Mars en bordure de la Seine dans le 7e arrondissement. Son adresse officielle est 5, avenue Anatole-France. Construite par Gustave Eiffel et ses collaborateurs pour l’Exposition universelle de Paris de 1889, et initialement nommée « tour de 300 mètres », ce monument est devenu le symbole de la capitale française, et un site touristique de premier plan : il s’agit du second site culturel français payant le plus visité en 2011, avec 7,1 millions de visiteurs dont 75 % d'étrangers en 2011, la cathédrale Notre-Dame de Paris étant en tête des monuments à l'accès libre avec 13,6 millions de visiteurs estimés mais il reste le monument payant le plus visité au monde. Depuis son ouverture au public, elle a accueilli plus de 300 millions de visiteurs. D’une hauteur de 312 mètres à l’origine, la tour Eiffel est restée le monument le plus élevé du monde pendant quarante ans. Le second niveau du troisième étage, appelé parfois quatrième étage, situé à 279,11 mètres, est la plus haute plateforme d'observation accessible au public de l'Union européenne et la deuxième plus haute d'Europe, derrière la Tour Ostankino à Moscou culminant à 337 mètres. La hauteur de la tour a été plusieurs fois augmentée par l’installation de nombreuses antennes. Utilisée dans le passé pour de nombreuses expériences scientifiques, elle sert aujourd’hui d’émetteur de programmes radiophoniques et télévisés.

« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de « Tour de Babel ». (Lettre ouverte publiée dans Le temps le 14 février 1887.


La tour Eiffel n’a pas encore commencé à sortir de terre qu’elle suscite déjà une violente polémique. Le 14 Février 1887, Le Temps, un des plus prestigieux organes de presse de l’époque, publie la fameuse « protestation des artistes », qui débute par la phrase citée ci-dessus. C’est une pétition adressée à Jean-Charles Alphand, le commissaire de l’Exposition. Ses signataires envisagent avec horreur Paris défigurée par la tour Eiffel, « dont la commercial Amérique elle-même ne voudrait pas ».


Dans un style grandiloquent, ils prétendent que la ville enlaidie, « déshonorée », « profanée », ridiculisée aux yeux des étrangers. « Il suffit, d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque et noir cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre Dame, la Sainte-Chapelle, la Tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de Triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées ».


Insidieusement, ces artistes s’attaquent aussi à Eiffel, qui n’est pas un de leurs : « La ville de Paris va-t-elle donc associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ? » Eiffel n’est pas architecte mais ingénieur, et le fer n’est pas considéré comme un matériau noble.


Au nombre des signataires figurent des peintres (pompiers, comme Bouguereau, Gérôme et Meissonnier), des écrivains (Alexandre Dumas fils, Maupassant), des musiciens (Gounod), des hommes de théâtre, certains aujourd’hui bien oubliés, contrairement à la tour Eiffel leur répond de façon mesurée dans le même numéro du Temps : « Je voudrais bien savoir sur quoi ils fondent leur jugement. Car cette tour, personne ne l’a vue et personne, avant qu’elle ne soit construite, ne pourra dire ce qu’elle sera. On ne la connaît jusqu’à présent que par un simple dessin géométral, mais quoiqu’il ait été tiré à des centaines de milles exemplaires, est-il permis d’apprécier avec compétence l’effet général artistique d’un monument d’après un simple dessin, quand ce monument sort tellement des dimensions déjà pratiquée et des formes déjà connues ?... Je crois, pour ma part, que la Tour aura sa beauté propre. Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable nous ne nous efforçons pas de faire élégant ?


Le Ministre du Commerce et de l’Industrie, Edouard Lockroy, qui soutient depuis le début le projet de la Tour, adresse une note pleine d’ironie à Alphand : « On pouvait protester en temps utile : On ne l’a pas fait…. Ce n’est pas que je craigne pour Paris, Notre Dame restera Notre Dame et l’Arc de Triomphe restera l’Arc de Triomphe, mais j’aurais pu sauver la seule partir de la grande ville qui fut sérieusement menacée : cet incomparable carré de sable qu’on appelle le Champs de Mars, si digne d’inspirer les poètes et de séduire les paysagistes. »


Par la suite, une partie des signataires a changé d’avis. Contrairement à certains irréductibles comme Guy de Maupassant, qui mangeait souvent dans les restaurants de la Tour en affirmant : « C’est le seul endroit où je ne la vois pas. »

Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de « Tour de Babel ».


Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, du milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés. L’âme de la France, créatrice de chefs-d’œuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L’Italie, l’Allemagne, les Flandres, si fières à juste titre de leur héritage artistique, ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre, et de tous les coins de l’univers Paris attire les curiosités et les admirations.


Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ?


Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez point, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit, chacun s’en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle, si légitimement alarmée. Enfin lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : « Quoi ? C’est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté ? » Et ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de M. Eiffel.


II suffit d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée…


C’est à vous, Monsieur et cher compatriote, à vous qui aimez tant Paris, qui l’avez embelli, qu’appartient l’honneur de la défendre une fois de plus. Et si notre cri d’alarme n’est pas entendu, si nos raisonnements ne sont pas écoutés, si Paris s’obstine dans l’idée de déshonorer Paris, nous aurons, du moins, vous et nous, fait entendre une protestation qui honore.


Signataires : Meissonnier, Gounod, Garnier, Sardou, Boullat, Coppée, Leconte de Lisle, Sully-Prud’homme, Huysmans, Maupassant, Zola…