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Prologue | La grande vadrouille

« Je ne remettrai pas les pieds dans les mêmes chaussures, si vernies soient-elles ! » [Gérard Oury]. Ces souliers vernis que Gérard Oury ne veut plus enfiler sont ceux du Corniaud. Le film détient en cette année 1965 le record absolu d’entrées en France depuis l’invention du cinéma, quelques soixante-dix ans plus tôt, avec près de six millions de spectateurs (plus de onze millions en fin de première exploitation). Si pendant le tournage, Gérard Oury et son producteur, Robert Dorfmann, n’avaient pas été épargnés par les railleries de leurs confrères, notamment à propos du budget démesuré et dépassé largement (530 millions de l’époque au lieu de 350), ils sont à nouveau victimes à la sortie du film, mais cette fois de leur réussite. Position nettement plus confortable. Les propositions affluent. Passer à côté d’une suite est insensé pour les créateurs des comédies à succès de l’époque. Comme pour le Gendarme de Saint-Tropez, Fantômas ou Don Camillo, on va bien évidemment faire un Corniaud 2. Façon bon vieux cinoche à haut rendement. Les Américains aussi, toujours intéressés par les bonnes recettes réagissent très vite. Ils profitent du festival de Cannes 1965 pour inviter Gérard Oury et son producteur à déjeuner au Carlton. En guise de dessert, un gros contrat : réaliser à Hollywood le remake du Corniaud avec Dean Martin et Jack Lemmon dans le rôle-titre. Budget doublé, salaires versés en Suisse, promesses de deux autres films dans les cinq ans. Énorme !


Mais Dorfmann est en phase avec son réalisateur, pas question de « s’encorniauder » et enfonce le clou, « Comment veux-tu qu’on s’entende avec des gens pareils ? Ils viennent ici nous proposer un pont d’or et ils n’ont même pas trouvé quatre-vingt-dix minutes pour voir notre film ! » Pas de réchauffé, donc.


Ce refus catégorique des deux intéressés démontre leur ambition de faire (s’il y a futur film), un vrai grand spectacle. Gérard Oury est déterminé à ne pas céder, conscient de tenir là un duo magistral. Il s’agit de ne pas gâcher ce formidable potentiel en se fourvoyant dans un projet fumeux.


Notre homme est pourtant pressé de récidiver avec Louis de Funès et Bourvil. Pressé de connaître à nouveau l’ivresse du succès.


Jusqu’ici, Gérard Oury se cherche. Il se destine à ses débuts à une carrière de comédien. « Pour séduire les filles », avoue-t-il, l’œil malicieux, à son petit-fils Christopher Thompson. Après avoir suivi les cours de René Simon, il entre au Conservatoire puis devient pensionnaire applaudi par la critique. Mais la guerre éclate et c’est à Marseille qu’il tente avec sa mère, sa grand-mère et son épouse Jacqueline Roman, elle aussi actrice, alors enceinte de leur fille Danièle, de poursuivre ses activités de comédien. Juif, Gérard Oury se voit alors interdit de travail par le régime de Vichy. Il quitte la France pour Genève, où il jouera dans une cinquantaine de pièces jusqu’à la fin de la guerre. De retour à Paris à la libération, il commence à fréquenter les plateaux de cinéma. On le retrouve ainsi sous les projecteurs des studios britanniques, italiens et Français : Le fond du problème, La fille du fleuve, La belle que voilà, La meilleure part, Méfiez-vous….


A l’occasion d’un de ses petits rôles, il va rencontrer Bourvil dans Garou-Garou, le passe-muraille, de Jean Boyer, sur un scripte d’Audiard d’après Marcel Aymé. Une amitié « commencée sous le signe des baffes », comme dit Gérard Oury lui-même. En effet, Bourvil, dans le rôle-titre, devait asséner des claques au futur réalisateur, au travers des murs. André (Bourvil), dans sa jeunesse, avait cultivé la terre, manipulé la charrue, et il avait des mains comme es battoirs. Quand il faut y aller, faut y aller, et après quelques gifles, j’avais la tête comme une calebasse. »


Un souvenir qui n’aura aucune incidence sur l’amitié qu’ils entretiendront pendant les vingt années suivantes.


Lassé d’endosser surtout des rôles de sales types, il va entamer en 1957 sa « deuxième vie » artistique, en écrivant son premier scénario, en collaboration avec André Cayatte : Le miroir à deux faces. L’histoire d’un mari jaloux et mesquin qui va finir par trucider sa femme parce qu’un chirurgien l’a rendue trop belle. Le roi du scalpel est interprété par Oury, et le couple par… Bourvil et Michèle Morgan.


Double coup de foudre : sentimental pour les plus beaux yeux du cinéma français amical et artistique pour celui qui deviendra l’un de ses comédiens fétiches. L’année suivante, sa collaboration à l’écriture d’un autre film (prémonitoire de sa future Grande vadrouille) est à noter : Babette s’en va en guerre, réalisé par Christian Jaque et interprété par Brigitte Bardot et Jacques Charrier (c’est le coup de foudre pendant le tournage. Ils se marient dès juin 1959, alors que le film ne sortira que le 18 septembre). On y voit également Francis Blanche incarner un Papa Schultz complétement délirant.


En effet, Gérard Oury et Raoul Lévy (co-scénariste et producteur du film) choisissent pour cadre à leur comédie la Seconde Guerre mondiale et la France occupée, à une époque où les Français ne sont peut-être pas encore tout à fait prêts à en « rire ».


Une « troisième vie » démange Gérard Oury : « Le désir, la folle envie d’écrire et de tourner SON film ». Et puis il y a Michèle Morgan : « Et si pour l’éblouir, je devenais metteur en scène ? Quoi de plus épatant pour épater une actrice ? » C’est le moment : la Nouvelle vague déferle, amenant son flot de jeunes talents inconnus la veille, célèbres le lendemain. Chabrol, Godard, Truffaut, Rivette, Demy, Belmondo, Lafont, Brialy démontrent aux producteurs « qu’un film fabriqué avec trois francs et six sous peut rapporter des millions », explique Oury. Les chefs de file de cette révolution culturelle entrouvrent une brève, embarquant avec toute une génération de jeunes réalisateurs (Molinaro, Grenier-Deferre, Deray, Sautet, Girault, Lautner…) qui jusqu’alors avaient suivi le cursus classique : d’abord assistant d’assistants, puis deuxième assistant, puis premier aussi assistant… Ils doivent attendre leur tour dans l’ombre des maîtres d’avant-guerre, les Becker, Duvivier, Cayatte, Grémillon, Delannoy, Berthomieux… dont précisément les conventions esthétiques sont remises en question par cette Nouvelle Vague.


Entre 1958 et 1962, au moins quatre-vingt-dix-sept cinéastes ont sorti et réalisé leur premier long métrage. « Je n’appartiens pas à ces chapelles, mais surfe avec la déferlante », reconnait Gérard Oury dans ses mémoires.


En 1959, il tourne son premier film en tant que réalisateur, La main chaude avec Macha Méril et Jacques Charrier, Paulette Dubost, Michael Lonsdale. Écrit en collaboration avec Jean-Charles Tacchella, le sujet est prometteur : les tribulations de cent mille francs qui passent de main en main, chacun se faisant gruger tour à tour. Bide total !


Le film en prend plein la gueule, dixit le réalisateur lui-même. « Le premier film de M. Oury, et assurément son dernier », prédit Louis Chauvet dans Le Figaro, ne touche si le public ni la critique. « Au lieu de tricoter une comédie légère, drôle, j’ai chaussé des semelles de plomb », tente d’expliquer le cinéaste « en proie à la honte », en revanche pleinement heureux dans sa vie privée. Gérard Oury et Michèle Morgan pourront bientôt crier au monde leur amour.


Malgré cette douche froide, il va persévérer. En 1960, il tourne avec Marie-José Nat et Robert Hossein La menace, adapté d’un polar de Frédéric Dard. L’année suivante, il connait son premier succès, modeste mais honorable, avec Le crime ne paie pas (il clôture, hors compétition, le Festival de Cannes 1962). Un film de quatre sketches à la distribution prestigieuse. « … Michèle Morgan, Edwige Feuillère, Annie Girardot, Danielle Darrieux, Philippe Noiret et Pierre Brasseur, tous ont accepté de tourner avec moi, en dépit de l’échec de La menace. Suis-je digne de leur confiance ? » s’interroge le réalisateur. Afin de garantir un certain écho au film, en plus de cette pléiade d’acteur, le producteur Henri Deutchmeister veut voir apparaitre au générique le nom d’acteurs connus. Oury et Tacchella font donc intervenir les meilleures plumes de l’époque, dont Frédéric Dard. Celui-ci signe la courte scène pour laquelle Louis de Funès est sollicité. Un petit bout de rôle pour un unique cachet.


Malgré l’année exceptionnelle qu’il vient de passer sur les planches dans Oscar, de Funès, par amitié pour Gérard Oury, ne se fait pas prier, et refuse même d’être rémunéré.


Sans doute n’est-ce pas un hasard, si comme Bourvil, de Funès a souvent trouvé sur sa route celui qui allait avoir l’intelligence de les réunir. Leur première rencontre remonte à 1946, au cours de leurs années vaches maigres, quand, courant de théâtres en studios pour jouer de petits rôles à la limite de la figuration, il se côtoient sur la scène du théâtre Pigalle à l’occasion de la pièce de Claude Vermorel, Thermidor, jouée neuf mois en tout et pour tout. Quarante personnes sur scène, vingt en moyenne dans la salle. « C’est peu quand on se partage la recette, ironise Gérard Oury, avant d’ajouter : […] Est-ce à cette époque que j’ai pris conscience du génie qui habitait ce petit personnage ? Peut-être ! »

FRANCE : 08 DECEMBRE 1966 - SUISSE : 26 DECEMBRE 1966 - 17 267 607 ENTREES