La genèse d'un film culte |

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La Grande Vadrouille est un film franco-britannique réalisé par Gérard Oury, sorti en 1966. Deuxième comédie de Gérard Oury après Le Corniaud, le film se déroule durant la Seconde Guerre mondiale dans la France occupée et raconte les déboires de deux Français — totalement opposés par leurs caractères et leurs origines sociales — se retrouvant obligés d'aider un petit groupe d'aviateurs britanniques à se rendre en zone libre, tout en étant poursuivis par les Allemands. Ces deux Français sont interprétés par Bourvil et Louis de Funès, duo vedette du Corniaud, qui jouent respectivement un peintre en bâtiment un peu naïf et un chef d'orchestre de l'Opéra de Paris très acariâtre et imbu de sa personne. Avec plus de 17 millions de spectateurs lors de sa 1re exploitation en salles (de 1966 à 1975), le film demeure pendant plus de trente ans le meilleur score du box-office français toutes nationalités confondues (avant d'être dépassé par Titanic en 1998) et durant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français, avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008. Cependant, proportionnellement à la population française des deux époques, La Grande Vadrouille reste au premier rang. Il est à ce jour troisième au palmarès des films français les plus vus en France, précédé par Bienvenue chez les Ch'tis et Intouchables.

Prologue | La grande vadrouille

J’appartiens à la génération télé « cinéma du dimanche soir ». Le générique (étoiles et paillettes, genre grosse production hollywoodienne) annonçait le grand film, la fin du week-end et l’heure d’aller se coucher. Il traînait dans ces soirées comme un relent du lundi. Le moment était venu pour moi d’entamer les négociations avec mon père pour « au moins rester regarder le début ! ». Invariablement, je sortais ma batterie d’arguments, avec les mêmes vains espoirs : « mais c’est un James Bond avec Sean Connery », ou encore, « C’est écrit pour tous ! », en référence aux petits encadrés « avis chrétien-média », censeurs détestés des magazines télé. Plus tard, j’essayais « le prof d’histoire nous a conseillé de le regarder ». Variante possible avec le prof de Français. Je prenais les programmateurs des chaines pour des incompétents. Ou des sadiques. Comment pouvaient-ils prévoir la diffusion de « Rencontre du troisième type » le dernier dimanche des vacances de Noël, veille de la rentrée ?


Avant ma quinzième année, je ne me suis assis dans une salle obscure qu’en de très rares occasions. Mais je me rattrapais. Je filais avec Monsieur Eddy à « La dernière séance » du mardi soir sur FR3 et au ciné-club avec Claude Jean Philippe le vendredi. Patrick Brion patienta encore quelques années avant de m’emmener au « Cinéma de minuit ». Mais à la télé, aussi, je disais « projection » ! Je vivais par procuration, la timidité annihilée par les images. Premiers émois, côtoyer gangsters et truands. Flâner à New York. Parcourir le désert. Traverser plusieurs siècles. Crever sur un champ de bataille. Danser sous la pluie. Etre poursuivi par des espions. Apprendre à dire je t’aime. En résumé, surtout s’enfuir… Et aussi embrasser Romy…


Chacun sa littérature. Mes évasions étaient cinématographiques. Mon cinéma paradisio, c’était le salon familial. Nous avons tous, même les moins cinéphiles d’entre nous, notre petite cinémathèque personnelle. La mienne s’est construite là. De Marylin à Jerry Lewis, ils ont ponctué mon enfance et mon adolescence de points cruciaux. Ils m’ont formé et élevé. Depuis, mes gouts se sont affinés, affirmés, mais jamais je ne renierai ces années de boulimie.


Cinéma, vecteur d’émotions. Enivré, ému, endolori, enchanté, remué, électrisé… par Spielberg, Gabin, Fernandel…


Mais sans doute avons-nous la nostalgie de nos premières amours ?


Le 27 janvier 1983, j’avais 13 ans mais ce jour-là je perdais un « ami », et c’était la première fois. Louis de Funès venait de mourir. Je me souviens de l’atmosphère particulière dans la cour de récréation le lendemain. Des gosses en deuil. Une France entière endeuillé. Je ne savais pas que les acteurs pouvaient mourir pour de vrai ! Je ne le crois toujours pas d’ailleurs… en tout cas, pas tous…


Je m’étais juré de lui rendre hommage. En souvenir peut-être de l’impatience dont je faisais preuve jusqu’au soir, les jours où l’un de ses films passait à la télévision. C’étaient les bons jours !


L’admiration que je porte à ce bonhomme a imposé cette Vadrouille, devenue « culte » depuis et très bien classée dans ma collection cinémathèque personnelle. Gérard Oury, Bourvil, et Louis de Funès peuvent être fiers : leur Vadrouille est Grande et fait maintenant partie de notre mémoire collective. Le point de départ de cette rubrique se situe là, juste entre le cœur et la raison.


Je rêvais d’une rubrique pour satisfaire les nombreux admirateurs de cette aventure. Je ne voulais pas que cette rubrique devienne une analyse stylistique ou technique du film, mais plutôt prenne la forme d’une enquête. Je souhaitais rentrer dans l’anecdotique, retrouver les témoins du tournage, connus et inconnus, retourner sur les lieux même du « délit ». La chose n’en deviendrait que plus passionnante à écrire et à lire.


Robert Chazal, biographe de Bourvil et de de Funès, écrit : « Le type de film sur lequel on aurait aimé qu’un reportage fût fait de A à Z pour en montrer les circonstances de tournage ». C’est cette histoire que je vous propose de suivre au fils des semaines. Bon voyage sur la route de La grande Vadrouille…

La grande vadrouille | 1966

La grande vadrouille | 50 ans

La grande vadrouille | Pense à nous deux

La grande vadrouille | L'histoire du film

En 1942, pendant l'Occupation, un bombardier de cinq aviateurs britanniques est abattu au-dessus de Paris par la Flak, lors d'un retour de raid aérien. Ses occupants sautent en parachute. Deux sont faits prisonniers, les trois autres parviennent à échapper aux Allemands. Le premier, sir Reginald Brook (alias « Big Moustache »), atterrit dans le zoo de Vincennes, le second, Peter Cunningham, sur la nacelle d'un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet, et le dernier, Alan MacIntosh, sur le toit de l'opéra Garnier avant de se réfugier dans la loge d'un chef d'orchestre acariâtre, Stanislas Lefort.


Bouvet et Lefort doivent alors, malgré eux, cacher les aviateurs avant de les aider à rejoindre la zone libre, et de là l'Angleterre. Pourchassés par les Allemands et notamment le major Achbach, les fugitifs traversent de nombreuses péripéties lors de leur voyage vers la Bourgogne. Ils franchiront enfin la fameuse « ligne de démarcation », avec l'aide de Germaine, la patronne de l'« hôtel du Globe » à Meursault, et atteindront la zone libre en planeur.