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L'immeuble situé aux numéros 13-15 de la rue Cognacq-Jay à Paris est un « incunable » historique de la télévision française depuis 1942 (le vrai berceau de la télé en France se situerait quant à lui au 103 rue de Grenelle, dans le même 7e arrondissement parisien, où, dès novembre 1935, furent émis les premiers programmes réguliers de la TV française, sous l'impulsion de Georges Mandel, alors Ministre, et de l'ingénieur Maurice/René Barthélemy, comme semble l'attester une plaque commémorative apposée sur le mur de cette dernière adresse par Louis Mexandeau, alors lui-même Ministre, en 1985...). L'immeuble des 13-15 rue Cognacq-Jay abrite aujourd'hui la société Arkena (anciennement Cognacq-Jay Image), filiale de TDF.

Fiche express : Paris Télévision

  • CRÉATION : 7 MAI 1943
  • DISPARITION : 12 AOUT 1944 A 23H40
  • PROPRIÉTAIRE : OBERKOMMANDO DER WEHRMACHT
  • LANGUE : ALLEMAND & FRANCAIS
  • PAYS : FRANCE OCCUPÉE
  • STATUT : GÉNÉRALISTE PUBLIQUE
  • SIÈGE SOCIAL : 13-15 RUE COGNACQ-JAY – PARIS (FRANCE)
  • ANCIEN NOM : RADIOVISION PTT (1935-1939) RADIODIFFUSION NATIONALE TELEVISION (1939)

Vidéos TELEVISION

A vous Cognacq Jay

1942

C’est une réplique qui évoque à jamais les débuts de la télévision : « A vous les studios, à vous Cognacq-Jay ! ». La célèbre rue parisienne demeure dans les esprits comme le berceau de la télévision française. La première chaine, bientôt connue sous le nom de T.F.1. Y siègera même longtemps. Pourtant, loin du mythe, c’est sous l’occupation Allemande que l’immeuble du 13/15 rue Cognacq Jay est choisi pour émettre tous les programmes allemands.


En 1941, le service allemand chargé des télécommunications ordonne de démonter l’émetteur de télévision de la tour Eiffel pour le donner à la société germanique Telefunken. Mais des responsables allemands s’y opposent : ils voient dans l’émetteur de la tour Eiffel l’occasion de diffuser des émissions en direction des troupes allemandes qui occupent Paris. Ils proposent à leurs supérieurs de créer une télévision des hôpitaux, projet déjà initié à Berlin. Ils réussissent à les convaincre en démontrant que l’émetteur, une fois remis en service, pourra brouiller les liaisons des avions ennemis. L’émetteur est donc sauvé de justesse et remis en service le 20 mai 1942, après trois années sans émission.


C’est Kurt Hinzmann, ancien speaker sportif radio, puis sous-directeur de la télévision berlinoise, qui est choisi pour diriger Fernsehsender Paris : Paris Télévision. Dès Juin 1941, il est mobilisé et envoyé à Paris pour y élaborer des programmes radio en Anglais. Les Allemands sont en effet convaincus à cette époque que l’Angleterre va capituler. Pour pouvoir émettre, des techniciens allemands (avec le concours de l’administration pétainiste) sont chargés de réparer l’émetteur saboté par des employés de la Radiodiffusion française (R.D.F.) deux ans plus tôt. Il était hors de question de laisser un tel outil de propagande aux mains des Allemands. Cependant, les occupants réussissent non seulement à le réparer mais aussi à adapter l’émetteur à la technologie allemande : on retombe alors à 441 lignes.


Il faut à présent trouver des locaux pour la nouvelle chaine de télévision franco-allemande. Ceux de l’ex-ambassade de Tchécoslovaquie s’avèrent rapidement trop exigus. Les Allemands investissent un ancien dancing, le Magic City, rue de l’Université. Ils réquisitionnent également l’immeuble de la Familiale de l’Alma, pension de famille située rue Cognacq Jay, ainsi qu’un garage mitoyen. On y installe notamment un studio parfaitement équipé avec sa scène et ses gradins prévus pour 300 personnes dans l’ancienne salle de bal. La construction du studio est financée par la Radiodiffusion française et par les Reichpost.


Le 7 mai 1943, les premières émissions de la rue Cognacq Jay sont diffusés. Fernsehsender Paris fait travailler jusqu’à 120 personnes. Allemands comme Français. Acteurs, parfois sociétaires de la Comédie-Française, techniciens, réalisateurs, speakerines, musiciens et artistes se côtoient dans les locaux de la rue Cognacq Jay. Hinzmann n’est en rien un nazi convaincu, il le montrera au cours des années qui suivent en tant que directeur de Fernsehsender Paris. L’orchestre de la télévision joue du jazz, musique alors interdite par les autorités Allemandes. Les équipes étaient placées sous la tutelle de la Gestapo, mais elles accueillaient en réalité, avec la complicité de Hinzmann, de jeunes réfractaires au S.T.O., des juifs ou des communistes recherchés par les Nazis, qu’elles avertissaient en cas de contrôle pour qu’ils aient le temps de se mettre à l’abri.


Fernsehsender Paris émet 14 heures par jours dont trois à quatre heures de programmes télévisés. Le reste du temps d’antenne est consacré à la musique et à des émissions de radio allemandes. Seuls quelques récepteurs installés dans des hôpitaux, des centres de repos ou des foyers très fortunés reçoivent Fernsehsender Paris. La télévision est donc avant tout destinée à distraire. Le soir, en direct et en public sont diffusées des variétés, mais aussi des pièces de théâtre, des dramatiques (fictions télévisées en direct) et des films. On tourne aussi des documentaires. Enfin, pour soutenir la propagande Nazie, les actualités allemandes occupent l’antenne deux fois par jours.


Fernsehsender Paris arrête d’émettre le 16 août 1944. On demande à Hinzmann de détruire l’émetteur de la tour Eiffel, mais il s’y refuse. Seuls quelques coups de feu sont tirés dans les équipements vétustes. De retour en Allemagne, il est prévenu que la Gestapo le recherche pour l’arrêter en raison de sa désobéissance aux ordres et de sa complicité avec la Résistance sous couvert de Fernsehsender Paris, Hinzmann se cachera jusqu’à la capitulation de l’Allemagne et, en 1946, il rejoindra…. La France pour travailler sur la télévision au laboratoire de Corbeville.


Une fois la France libérée, elle hérite du savoir-faire allemand, récupère des studios parfaitement équipés et des techniciens formés à ce nouveau média. La télévision française figure parmi les plus performante de l’époque.

Rue Cognacq Jay

La rue est située en bordure de la Seine sur la rive gauche, près du pont de l'Alma.


La rue est nommée en mémoire d'Ernest Cognacq et de son épouse Marie-Louise Jaÿ, fondateurs du grand magasin de La Samaritaine.


Cette rue est ouverte sous sa dénomination actuelle par un arrêté du 11 janvier 1928 dans un lotissement appartenant à M. Cognacq.


La rue est célèbre grâce aux studios de télévision, installés par les Allemands en 1943 aux numéros 13-15 et abandonnés dans cet immeuble en août 1944. Théâtre de la renaissance de la télévision française après la guerre, ils sont utilisés de la Libération jusqu'en 1992 et le départ de TF1 pour Boulogne, notamment par le journal télévisé. Ils ont donné naissance à l'expression autrefois célèbre « À vous Cognacq-Jay », prononcée par des journalistes, présentateurs et speakerines pour rendre l'antenne. L'immeuble est toujours la propriété de TDF, principal diffuseur en France.


Les bureaux du grand port maritime de Marseille sont situés au no 23 de la rue.


Jean-Luc Godard est né le 3 décembre 1930 au 2, rue Cognacq-Jay dans l'appartement de ses parents.

Les Studios

Durant l'occupation allemande de Paris, l'officier Kurt Hinzmann, ancien directeur des programmes de la télévision de Berlin propose la remise en service de l'émetteur de télévision de la Tour Eiffel pour diffuser une chaîne de télévision destinée à distraire les soldats allemands hospitalisés. Il exige de choisir lui-même les futurs studios aux frais de l’État Français et repère un ancien dancing faisant partie du défunt parc d'attractions Magic-City, fondé par Ernest Cognacq, au 176-180 rue de l'Université, dont la salle de danse du premier étage est suffisamment vaste pour être transformée en studio de télévision. L'immeuble du Magic-City est cependant insuffisant pour accueillir les ateliers de construction de décors, les télécinémas, les services de maintenance et les bureaux. Derrière l'immeuble se trouve un garage abandonné pouvant servir d'atelier et qui jouxte un bel immeuble de huit étages, La Familiale de l'Alma, une pension de famille de standing située au numéros 13-15 de la rue Cognacq-Jay, qui peut servir aux services administratifs et techniques. Les autorités allemandes l'annexent et en font la façade de Fernsehsender Paris. Ces futurs studios ont l'avantage de la proximité de la tour Eiffel, résolvant ainsi les problèmes de liaisons avec l'émetteur car les câbles coaxiaux ne peuvent dépasser quelques centaines de mètres sans déperdition de la qualité d'image. Cet ensemble idéal est immédiatement réquisitionné par la préfecture de la Seine et l'administration française s'en porte acquéreur au nom de la Radiodiffusion nationale. Le propriétaire de l'ancienne pension de famille est définitivement exproprié en juillet 1943. Fernsehsender Paris y produit et diffuse ses programmes du 7 mai 1943 au 12 août 1944. L'unique studio de télévision est composé de l'ancienne salle de danse du Magic-City, dont la scène est transformée en forme de V afin de permettre un recul des caméras pour des prises de vues plus larges. La régie de diffusion est installée au troisième étage de l'immeuble de La Familiale de l'Alma. Les Allemands entreprennent de construire un second studio de télévision qui reste inachevé à leur départ le 17 août 1944, lorsqu'ils quittent précipitamment les studios en laissant aux Français une station de télévision totalement opérationnelle et parmi les plus performantes du monde, ce qui permet à la télévision française d'être la première en Europe à reprendre ses émissions depuis l'ancien studio et avec le matériel de Fernsehsender Paris, dès le 1er octobre 1944 par intermittence et en circuit fermé, car les Américains interdisent l'utilisation de l'émetteur de la tour Eiffel jusqu'au 1er octobre 1945.



Sur décision de Jean Guignebert, directeur de la Radiodiffusion nationale l'immeuble dans lequel avait fonctionné Fernsehsender Paris prend le nom de Centre Alfred Lelluch en 1945. Les travaux du studio 2 sont terminés en janvier 1945. Ce studio de 200 m2 comporte une fosse qui y a été creusée afin de pouvoir tourner des scènes aquatiques. Le grand studio installé dans l'ex Magic-City devient le studio 1.



En 1947, un programme de réhabilitation de l'ensemble immobilier situé entre la rue Cognacq-Jay et la rue de l'Université prévoit de surélever le bâtiment principal et d'aménager six studios ainsi qu'un espace scénique de plein air, sur la terrasse. Faute de moyens financiers, la Radiodiffusion française renonce à ce projet d'envergure et se voit même contrainte de louer le studio 2 à des producteurs de cinéma pour des tournages de films. Ainsi, le cinéaste Marcel Aboulker y tourne quelques plans de son film Les pieds-nickelés.



La création de la Radiodiffusion-télévision française permet d'obtenir davantage de crédits et de mettre en œuvre une partie des travaux nécessaires à l'adaptation du bâtiment aux nécessités de la télévision en plein développement. L'implantation et les aménagements effectués par la RTF sont conservés par l'ORTF. Initialement conçu pour exploiter une unique chaîne de télévision, le centre Alfred Lelluch abrite également à partir de décembre 1963 les studios et la régie de diffusion de la deuxième chaîne, puis de la troisième chaîne à partir de décembre 1972. À la suite de l'ouverture des studios des Buttes-Chaumont, Cognacq-Jay se consacre à l'information et le grand studio 1 est divisé en deux, l'un pour le journal télévisé de la première chaîne, l'autre pour celui de la deuxième chaîne.



À la suite de la suppression de l'ORTF le 1er janvier 1975, le centre perd son nom et devient le siège social de la nouvelle société nationale de programme Télévision française 1 (TF1). Les deux autres sociétés nationales de programme concurrente quittent la rue Cognacq-Jay pour s'établir dans leur propre siège social. Toutefois, Antenne 2 continue d'utiliser les studios 2 et 4 pour la production de son journal télévisé et Antenne 2 et France Régions 3 y conservent leurs régies de diffusion à laquelle s'ajoute en 1982 celle de la nouvelle société nationale de programme RFO. La chaîne francophone TV5 y installe son siège en 1984 sur deux étages et demi. En juillet 1985, Antenne 2 cède 40% de ses droits immobiliers sur l'immeuble Lelluch à TF1 pour un montant de 27 millions de francs.



Jusqu’en 1986, les murs étaient tapissés de tracts. La CGT y était majoritaire. Après la privatisation de TF1, on ne voyait plus un tract syndical sur les murs, ils étaient remplacés par les résultats quotidiens de l’audimat, jusque dans les ascenseurs.



Les magnétos de diffusion (BVH, BVU, Betacart) ainsi que la maintenance étaient effectivement gérées par TDF pour les régies finales.



Privatisée en avril 1987, TF1 reste dans les locaux le temps de la construction de son nouveau siège social à Boulogne-Billancourt qu'elle rejoint en mai 1992. En 1984, la régie finale d'Antenne 2 s'installe avenue Montaigne, ainsi que ses studios baptisés 20 et 40 et FR3 quitte Cognacq-Jay pour la rue Varet dans le 15e arrondissement de Paris. TV5 Monde quitte la mythique adresse fin juillet 2006. Seules restent des chaînes du câble, du satellite et de la TNT qui y partagent les plateaux, les caméras et les régies de Cognacq-Jay Image.