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La planète des singes | Terra Reporter

C’est LE film de science-fiction, intelligent et populaire, sorti la même année que 2001. L’Odyssée de l’espace. Le blockbuster qui signa, dix ans avant Star Wars, l’amorce d’une franchise et d’un merchandising faisant entrer le cinéma dans l’ère moderne. Retour sur la première, et meilleure, adaptation du roman de Pierre Boulle, il y a maintenant cinquante ans…

Fiche express

  • NOM DE NAISSANCE : PIERRE FRANCOIS MARIE LOUIS BOULLE
  • PSEUDO : PIERRE BOULLE
  • NAISSANCE : 20 FÉVRIER 1912 – AVIGNON (FRANCE)
  • DÉCÈS : 31 JANVIER 1994 ( 81 ANS ) – PARIS 16E
  • PROFESSION : ROMANCIER - SCÉNARISTE
  • DISTINCTION  : PRIX SAINTE-BEUVE (1952)
  • ŒUVRES PRINCIPALES : LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAI – LA PLANÈTE DES SINGES

Vidéos LA PLANETE DES SINGES

Genèse

FEVRIER

1969

On a beau avoir été l’agent des plus grandes stars hollywoodiennes, le roi du bagout, plein d’allant et de sincérité, il y a toujours comme un parfum de premier rendez-vous à vouloir embarquer l’une d’elles dans votre projet. C’est ce que doit ressentir Arthur P. Jacob lorsqu’il frappe a la porte de Charlton Heston, le 5 juin 1965. Cela fait cinq ans que Ben Hur q rangé son char et décroché, pour ce rôle héroïque, un oscar. Depuis, il n’a pas chômé, endossant, du Cid à Major Dundee. La défroque de personnage plus grand que nature, non dénués d’ambiguïtés. Car avant d’être cloué au pilori et, Alzheimer aidant, d’être tourné en dérision par un Michael Moore fustigeant son engagement auprès du lobby des armes à feu. Heston fut un progressiste valeureux. L’un des premiers à lutter contre la ségrégation raciale et à défiler à Washington en aout 1963, au côté de Sydney Poitier, Marlon Brando et James Baldwin, faisant avec eux un rêve à l’ombre de Martin Luther King.


C’est à cet artiste populaire et engagé que Jacobs rend visite, ce jour de Juin, portant sous le bras son singulier dossier « La planète des singes ». « Il est venu me voir avec le roman de Pierre Boulle et des peintures remarquables des scènes qu’il avait imaginées, racontera l’acteur. L’idée des singes parlant et d’une autre civilisation m’a plu : « le livre inspirant Arthur n’avait rien de cinématographique. Par ailleurs, il n’y avait même pas un premier traitement en ébauche de script. Mais, écrit-il, j’ai senti qu’il y avait, potentiellement, un bon film ».


La star donne son accord et ne se dédira jamais. Ce coup de poker est la première victoire de Jacobs dans ce qui sera la plus belle aventure de sa carrière.


L’homme qui débute comme coursier à la MGM dans les années 1940, avant d’être recruté en tant que publicitaire à la Warner, puis de créer sa propre société de relations publiques au début des années 1950, ne se contente plus, une décennie plus tard, de s’occuper des intérêts de Gregory Peck ou de Jimmy Stewart. C’est précisément l’idée de produire un film pour sa plus célèbre cliente, Marilyn Monroe, qui lui fait sauter le pas. L’héroïne de Certains l’aiment chaud, décédée en aout 1962, ne jouera pas dans Madame Croque-maris. Mais cette comédie musicale, sortie en 1964, lance Jacobs et sa société, la Apjac, dans le circuit désormais prisé des indépendants. Quelques mois plus tôt, le jeune producteur a acquis les droits d’un roman français tout juste en langue anglaise.


Davantage qu’une œuvre de science-fiction, La planète des singes fait illusion aux comportements humains susceptibles d’entrainer notre perte tandis que la menace nucléaire bat son plein.


L’histoire est celle d’un couple qui, lord d’une sortie récréative dans l’espace, découvre une bouteille contenant un message. Celui-ci relate l’odyssée d’un journaliste ayant accompagné en 2500 une mission scientifique spatiale qui l’a conduit sur une planète dirigée par des singes supérieurement évolués, tandis que ses congénères leur étaient asservis. Le roman révèle, in fine, que le couple d’astronautes-vacanciers est lui-même composé de deux chimpanzés.


Auteur du Pont de la Rivière Kwaï, adapté triomphalement en 1957 par David Lean, Pierre Boulle juge sa dernière création littéraire impropre à une transposition cinématographique. Ce qui n’empêche pas Jacobs d’être convaincu du contraire. Il commence par commander, à une demie douzaine d’artistes des représentations peintes du monde des singes tel qu’il envisage. Alors même que son projet est encore dans les limbes, le producteur élabore une forme de merchandising autour de cette civilisation d’un nouveau genre. Il confie, ensuite, à Rod Sterling, l’adaptation du livre de Boulle. L’auteur de la quatrième dimension est l’un des plus à même de conférer une dimension philosophique et morale à la fable du romancier français. L’inversion des valeurs entre le monde des humains et celui des singes est traduite avec force et ironie dans son script. Quant à la scène choc finale, absente du livre et faisant apparaitre la statue de la liberté, elle est son idée, Serling part toutefois un peu dans tous les sens et, au bout d’un an, rédige plus de trente ébauches de scénarios. Ce qui aide modérément Jacobs dans sa quête de financement d’un studio.